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On banquète sur la Nationale 6 ! Oui, en plein milieu de Pont-de-Beauvoisin, exactement rue Dumas Alexandre, on a installé des tréteaux, quelques planches, et les riverains, chargés de saucissons, tartes et salades, cassent-croûtent dans la bonne humeur et les bouteilles d’Apremont. Non, on n’a pas coupé, dans un but revendicatif, la circulation sur la RN6, mais quelqu’un a eu l’idée de profiter des importants travaux accomplis cette année-là (1990), et qui ont neutralisé le passage des voitures, pour organiser un banquet de voisins sur la rue éventrée par les pelleteuses.
Et qui a eu cette idée ? C’est Albert, bien sûr, il n’y avait que lui pour avoir ce genre d’idée. Albert Fitoussi, est-il besoin de le préciser ? Il était inutile alors de dire son nom, tout le monde savait, à Pont, qui était Albert.
Albert, qui aimait tant sa ville, et dont le souci constant était de faire s’y rencontrer les habitants. Que ne devons-nous pas comme animations à Albert, jamais en panne d’idées : kermesses, paëlla géante, feux d’artifice, et autres manifestations qui furent autant d’occasions de se réunir et de partager un grand moment de convivialité.
On se rencontrait aussi dans sa boutique, où il a vendu des vêtements jusqu’à la fin de sa vie, d’abord rue Vaucanson, puis rue Dumas Alexandre. On allait acheter un pantalon, et l’on passait une heure à parler de ses voyages, ceux accomplis et ceux dont il rêvait. On entrait quelquefois juste pour le plaisir de dire bonjour, de retrouver tel ou tel copain qu’on n’avait pas vu depuis un moment.
On se rencontrait dans son musée, le Musée Pontois de la rue Vaucanson, ouvert depuis le 18 avril 1981, où il a accumulé des trésors sur la vie laborieuse et sur la vie festive du pays : des machines à travailler le bois, à tisser, des machines à faire des chapeaux, à faire des roues, des meubles, une multitude d’objets familiers à nos ancêtres et aujourd’hui oubliés, dont il nous racontait la vie et l’usage. Et puis sa collection de photos et de cartes postales anciennes, qu’il sortait des cartons comme autant d’objets précieux qu’il voulait partager, qu’il n’hésitait jamais à montrer et à commenter. Étonnante mémoire de la vie pontoise, il savait nommer tous les personnages présents sur les photos !
Voici maintenant onze ans qu’Albert Fitoussi manque à la vie pontoise, parti pour le pays de l’envers du décor où il est sûrement, n’en doutons pas, en train d’organiser de divins banquets et de montrer des photos de son cher Pont-de-Beauvoisin.
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